Les beaux gosses
Cannes c'est le temple du cinéma d'auteur, le festival dans lequel on honore des réalisateurs ouzbèques qui font des films de 8 heures en noir et blanc sur le destin d'une feuille morte. A Cannes on est cinéphiles, cinémaniaques et cinélitistes parce que ça fait bien en soirée autour d'un kir ananas de défendre la valeur intrinsèquement populiste de la nouvelle vague du cinéma nord coréen. Soit. Mais en fait à Cannes, ce qui se passe vraiment et ce que tout le monde veut, c'est attendre pendant des heures pour apercevoir un cheveu de Robert Pattinson et s'égosiller sous la fenêtre de la chambre de Brad Pitt.
Car personne ne résiste au pouvoir du beau gosse.
Le beau gosse est à Cannes pour faire oublier qu'il est juste un visage d'ange avec des pectoraux en acier, mais aussi et surtout un acteur, un vrai. Pour se faire il utilise des stratagèmes astucieux comme se laisser pousser la barbe, ne pas se laver les cheveux et mettre des accessoires inutiles comme des lunettes sans prescription ou des bonnets en plein été. Sous cet habile déguisement, le beau gosse peut ainsi prétendre à être pris au sérieux et se départir des rôles de vampires ados ou superhéros en collants qui ont fait sa célébrité. Pas de souci Zac, du moment que tu restes torse nu ...
Être beau gosse c'est un karma. Déjà il faut naitre avec un prénom cool. Brad, Matt, Ben, Tom. Aucun beau gosse ne s'appelle Bernard ou Ferdinand ou Jean-Geneviève. Il faut aussi avoir un patrimoine génétique bien particulier. Par exemple le beau Colin Egglesfield a visiblement une mère suédoise et un père tube de dentifrice. Il faut ensuite faire des sports terribles qui produisent des biceps de malade en 3 jours et se faire remarquer par une chercheuse de talent alors que l'on fait des pompes tout nu sur la plage à Malibu. Et hop, le beau gosse est signé dans une agence de mannequins avant de devenir militaire/pompier/aventurier ténébreux dans une superproduction dans laquelle il sauvera une actrice en bikini des griffes d'un crocodile mutant.
Après il y a l'attitude. Le beau gosse est le symbole même de la coolitude. Tout lui va et tout est cool nickel chrome dans sa vie. Il est beau, riche et célèbre, il n'est jamais ridicule même quand il est paparazzé en tongs à paillettes en train de sortir sa poubelle. Le beau gosse rend jaloux les mecs et folles les filles.
Le beau gosse confirmé qui a toutes les cartes en main, peut ensuite se la jouer sur plusieurs niveaux : Gentleman chic, comme Lambert Wilson, le distingué, charme fou, regard qui respire la culture et la veste immaculée qui évoque un après midi polo/pique nique à Deauville ... Soupir. Sporty casual comme Tory Kittles qui arrive à rouler des mécaniques en survêtement, ou alors choupinet adorable comme Jérémie Rénier qui ressemble à un nounours fritzmou qui vient de se réveiller.
Ou alors plus contemporain et teenager, le beau gosse savamment négligé, comme l'acteur australien Matt Callan. Allure timide, tshirt rebelle, mèche sauvage, bonnet Johnnydeppien, grunge dosé et paf ! Toutes les stagiaires de la suite cadeaux s'évanouissent d'un coup d'un seul, frappées par ce nouvel ange tombé du ciel. Matt n'est pas encore un acteur connu mais sa beaugossitude est elle prête à conquérir le monde.
Et quiconque osera dire qu'il préfère le destin des feuilles mortes ouzbèques est juste un gros menteur.